Comment parler de Laverda sans évoquer la 1000 V6, la seule moto jamais conçue avec un moteur à 6 cylindres en V?
Ce projet est né en 1976, avec l'intention de créer une bonne fois pour toutes la super-moto qui pourrait remporter les meilleures courses d'endurance face aux multiples usines Japonaises et donner lieu, pourquoi pas, à un modèle de route unique et révolutionnaire.
Les exigences ont été d'emblée plaçées très haut, sans doute un peu trop haut pour les capacités financières de l'usine... Mais qui pourra leur reprocher d'avoir tenté ce challenge et d'avoir laissé en héritage l'une des motos les plus fabuleuses de tous les temps?
Le cahier des charges prévoyait un moteur porteur à 6 cylindres en V monté longitudinalement apte à dominer en puissance et en allonge toute la concurrence et une partie-cycle capable à la fois de proposer des caractéristiques modernes de géométrie et de suspension et de rester rigide malgré la puissance du moteur.

Les frères Laverda avaient déjà une idée de celui qui devrait assurer la conception du moteur: L'ingénieur Alfieri, qui avait travaillé avec Lamborghini et qui était surtout le concepteur des V6 Maserati, était l'homme idéal. On lui confia donc la réalisation du V6 Laverda.

Adapter un tel moteur sur une moto n'était pas dépourvu de difficultés. Le premier problème technique qui s'est posé concernait la position du moteur: La situation longitudinale engendrait un très fort couple de renversement, tendant à faire coucher la moto sur la droite à l'accélération.
Alfieri réussit à résoudre totalement ce problème en créant un contre-couple de renversement notamment par la rotation inversée de l'alternateur. La construction du cadre autour de ce moteur n'était pas chose facile: Un cadre enveloppant, du type des "Spaceframe", était trop encombrant et lourd, de plus cela interdisait les interventions rapides sur la mécanique.

On en arriva donc à la solution du moteur porteur, ce qui réduisit l'encombrement de l'épine dorsale.

D'autres difficultés ne purent être résolues convenablement: Ainsi, la suspension Cantilever du premier prototype créait trop de contraintes sur la transmission par arbre. On en revint donc à la suspension classique à deux amortisseurs.
Peu à peu, les problèmes sont résolus, et la 1000 V6 peut faire ses premiers essais en version quasiment définitive, le but étant de l'aligner au Bol d'Or 1978.
Cependant, en raison du budget monstrueux que cette machine nécessitait, l'usine ne put effectuer tous les essais et modifications souhaitées.
C'est dans ces conditions que la V6 arriva au circuit Paul Ricard pour le Bol d'Or 1978.
La surprise fut grande dans le paddock, personne n'attendait vraiment la V6 qui était alors considérée comme un projet de salon. La surprise fut tout aussi grande aux essais lorsque la V6 fut chronométrée à 283 km/h, soit 38 km/h plus vite que la meilleure des Honda d'usine!

Mais il était évident aussi que la machine était lente en virage, faute d'avoir eu le temps et les moyens nécessaires à une amélioration de la partie-cycle et de sa géométrie.
C'est dans ce contexte que la 1000 V6 courut le Bol d'Or aux mains de Perugini et Cereghini, l'avantage de la vitesse de pointe étant compromise par le manque de maniabilité de la moto. La course s'arrêta après sept heures et demi sur casse de l'arbre de transmission (l'une des rares pièces qui ne soient pas d'origine Laverda!).

Malheureusement, l'aventure de la V6 s'arrêta là car, inquiète de la course à l'armement, la FIM interdit dès l'année suivante les motos de plus de 4 cylindres.

Il est aussi dommage que cette moto n'ait pas pu bénéficier des améliorations nécessaires qu'il est remarquable que l'usine Laverda ait tenté de mettre à bien ce projet gigantesque.

Ce sont des projets comme ça qui forgent définitivement l'aura des grandes marques, la Laverda V6 est devenue une moto mythique que tout le monde veut voir et entendre rugir.

Comme d'autres motos qui, également, n'ont pas eu les résultats en rapport avec leur technologie (Honda NSR par exemple), elle est devenue l'un des derniers monstres sacrés du monde de la moto.


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